mardi 7 août 2012

BICHE (GX.3864)


Type : dundée.

Gréement : chaque mât en 1 seule partie (mât à pible) ; voiles à corne : grand-voile blanche, tapecul marron  ; flèche (marron) sur le grand mât seulement  ; 1 foc blanc, une trinquette marron.






Matériaux : Coque et pont en bois ; mâts en bois

Date et lieu de lancement : 1933  au chantier Chauffauteau, aux Sables d'Olonne (Vendée) ; reconstruction à Lorient (Keroman), dirigée par le chantier du Guip et réalisée avec l'aide de nombreux bénévoles de l'association "les amis du Biche". 
  Précisons qu'une reconstruction se fait autour de quelques pièces d'origine, que l'on conserve , alors qu'une réplique est faite à partir de plans, parfois simplement de documents et de dessins et ne possède aucun élément d'origine (l'original peut avoir été détruit depuis très longtemps); une restauration concerne un bateau dont on conserve une partie non négligeable de la structure. Les reconstructions concernent rarement des bateaux de travail, et Biche est un des rares exemples en France ; beaucoup de yachts anciens, par contre, ont ainsi été reconstruits autour de quelques éléments d'origine.
Autres noms : ? apparemment, aucun. mais le bateau a été propriété d'un Belge et d'un Anglais.
Utilisation initiale : bateau de pêche (thonier de Groix)
Dernière nationalité connue : Française
Dernier port d'attache connu :Groix (île du Morbihan, face à Lorient)

Dernière utilisation connue : Voilier de croisière et de promenade, avec pour objectif principal des croisières de pêche au thon.

   Signification du nom : Biche : en principe, la biche est la femelle du cerf. Mais dans le cas présent le propriétaire du thonier, Ange Stéphan, était surnommé Ange-Biche. Pourquoi ? le mystère des surnoms d'antan...

Longueur hors-tout :  32 m
Longueur de la coque : 21 m
Longueur à la flottaison :  m
Largeur maximale : 6,3 m
Tirant d'eau maximal : 3,5 m
Tirant d'air :   m
Déplacement :  75 t .
Surface maxi de voilure : 300 m² 
État :neuf
Avant : étrave inclinée ; bout dehors.

 
Arrière : voûte et tableau très inclinés, mais moins que sur la génération précédente de thoniers. Les thoniers de cette génération précédente étaient très fragiles à cause de leur voûte très fine (due au fait que le prix du bateau était calculé d'après la longueur de quille et non d'après la longueur totale) Dans le milieu de la pêche au thon on se souvient toujours de l'ouragan de septembre 1930 : 207 morts, 28 navire disparus, 50 irrécupérables, les autres plus ou moins abîmés : on avait alors constaté que les thoniers qui avaient eu le plus de problèmes étaient ceux dont l'arrière était le plus élancé.
 

 




Coque : blanche. (pavois bleu avant reconstruction).

Superstructures : discrètes (panneaux, claire-voie, descentes)
 
   Biche est un ancien thonier de Groix ; il a pêché le thon dans le Golfe de Gascogne, aux lignes traînantes portées par des  tangons, de 1933 à 1957, 5 ans avant que le dernier thonier à voiles soit désarmé. L'équipage comprenait 6 marins, dont le patron et un mousse.
     Le dundée a ensuite servi de bateau école belge, propriété du Royal sailing Club d'Ostende jusqu'en 1974. Après avoir ensuite appartenu à des Anglais, il a été acheté par le Port-musée de Douarnenez en 1991. Mais le bateau était trop délabré et sa remise en état coûtait trop cher : abandonné, le bateau devenait une épave et il était question de le détruire ou de le laisser pourrir au cimetière de bateaux qui se trouve au fond du Port-Rhu.
    C'est une association, Les Amis du Biche, qui a réuni les dons, subventions et autorisations nécessaires à son transport à Lorient (en passant par Brest, pour les fêtes de 2004) et à sa reconstruction.

 
 
             Ci-dessus, quelques images de Biche à Lorient, avant sa reconstruction.

   La reconstruction a conservé quelques pièces (quelques varangues et pieds de membrures,  une membrure entière) de l'ancien bateau ; certains membres de l'association veulent qu'on parle de restauration du fait que ces pièces ont été conservées . Les travaux ont été entrepris à Lorient et  réalisés par l'équipe du chantier du Guip (dont les sites principaux sont à l'île aux Moines dans le Golfe du Morbihan et à Brest, quai Malbert, mais qui effectue aussi des restaurations à d'autres endroits). Le célèbre architecte de bateaux traditionnels François Vivier  a participé à cette reconstruction. Celle-ci, commencée en 2006,  s'est terminée en juin 2012. Biche, mis à flot lors d'une cérémonie émouvante le vendredi 22 juin 2012 vers 17 heures.

   Il a fait sa première navigation vers Groix début juillet et a fait voile vers Brest (où il est arrivé le 11 juillet) et Douarnenez.
   Enfin un nouveau voilier rejoint la magnifique flottille reconstituée il y a 20 ans, à l'occasion de Brest 1992.
    Biche a à peu près les mêmes activités que les autres voiliers traditionnels de même taille : représentant des thoniers groisillons dans les rassemblements de voiliers traditionnels, il propose des sorties à la journée et des croisières. Parmi celles-ci, les plus remarquables seront des campagnes de pêche aux thons germons dans le golfe de Gascogne, entre juin et septembre.
  C'est le dernier thonier dundée de Groix, le seul qui ait survécu. C'est aussi le seul thonier dundée authentique antérieur à 1940. Par contre ce n'est pas le dernier thonier à voiles survivant : le Vieux Copain, construit à l'ile d'Yeu en 1940, est basé à Cherbourg. La Nébuleuse (de 1949, basée à Paimpol, mais naviguant souvent l'été au départ de Douarnenez), l'Étoile Molène (basée à Saint-Malo) et l'Arawak (basé en Gironde) sont des bateaux restaurés et non reconstruits : Ils datent d'après la deuxième guerre mondiale, d'une époque ou le moteur avait déjà une importance prépondérante ; beaucoup d'éléments de leurs coques sont d'origine. Leurs gréements et leurs voilures sont neufs et beaucoup plus imposants que ceux d'origine : ceux-ci étaient beaucoup plus réduits que sur les thoniers d'avant-guerre ; ils ont ainsi gagné en élégance et en puissance et ressemblent aux voiliers purs d'avant-guerre.
   On peut trouver une nette ressemblance entre le Biche et le Mutin. Celui-ci est la plus vieille unité de la Marine Nationale ; il a été construit en 1927 (donc 6 ans avant Biche), aux Sables d'Olonne, sur le modèle des thoniers vendéens de l'époque (de la même façon que l'Étoile et la Belle Poule ont été copiées sur des goélettes morutières de Paimpol). De loin, on reconnaîtra aisément les 2 dundées à la couleur de leurs voiles : celles du Mutin sont toutes blanches et le bout-dehors porte 2 focs, alors que Biche porte un seul foc blanc, une trinquette, un tapecul et un flèche rouge. Quant à la coque, elle est ornée (en 2012) sur le Mutin de 2 lignes longitudinales jaunes (en bas et en haut du pavois. Sur Biche, il n'y en a qu'une, en bas du pavois. Pour plus de détails concernant cette comparaison, voyez la fiche du Mutin.
   Après une croisière en Manche jusqu'à Calais pour la fête "Escale à Calais", Biche est revenu à Groix fêter son 80ème anniversaire (12 au 14 juillet), a fait diverses croisières en Bretagne sud, participera aux fêtes de Douarnenez fin juillet et plusieurs croisières de pêche aux thons. En 2015, il était comme d'habitude une des "vedettes" de la semaine du Golfe du Morbihan.
     Cliquez ici pour le site du Biche.
    

      

2 commentaires:

  1. Bonjour et merci pour toute cette mise en valeur de Biche.
    Je relève cependant que vous voulez employer le mot recontruction. Ce n'est pas la démarche qui a été choisie pour Biche.
    Notre association a voulu restaurer Biche (nous n'en avons eu que la coque, aucune pièce du gréement). Vu son état, cette restauration a du être totale. Toutes les pièces ont été changées. Mais vos photos du chantier le montre très bien, les charpentiers du Guip ne se sont pas usés à tenir debout cette vieille coque branlante pour rien. Il s'agit bien d'une restauration ; la quille neuve a été ajustée aux vieilles varangues et pieds de membrures, etc. Si Biche avait été reconstruit, il naviguerait depuis au moins 1 an, il n'aurait pas la même allure, et ce ne serait plus Biche. Les Amis du Biche et les professionnels qui ont travaillé sur le bateau sont fiers de cette obstination qui a abouti à remettre Biche à neuf ! de façon précise, étudiée, discutée dans les choix techniques et patrimoniaux (vu que la coque portait son histoire belge et anglaise). Cette démarche, compliquée et un peu folle, s'est révélée être passionnante et la belle allure et la bonne marche de Biche aujourd'hui n'en sont rien moins que le fruit : vouloir mettre en valeur (et se mettre à leur école) le savoir des anciens, dans ce domaine des voiliers de travail.

    Au plaisir,
    Bonne continuation
    Armel+, un ami du Biche.

    http://www.biche.asso.fr le site des amis du Biche

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  2. En relisant cette belle page sur Biche quelques mois plus tard,
    l'obstination à asséner le terme " reconstruction " à Biche ne me semble vraiment pas juste, pas plus que cette définition unilatérale du terme. Je serai donc plus nuancé, au risque de me répéter.
    Il y a des reconstructions de bateaux ; ces chantiers ne se déroulent pas comme celui de Biche. La coque de Biche est bien arrivée entière... pas déconstruite ou en morceaux, ou démontée. Cette coque a donc été restaurée, rénovée. Il n'y a pas de différence fondamentale de méthode de chantier entre changer 6 couples ou tous les couples... si le bateau est ouvert (en démontant le pont pour accéder à tout l'intérieur), il est ouvert ! Pas de différence entre changer la quille, ou en profiter pour changer, quille, étrave, étambot... c'est juste une différence de moyens, de temps et d'argent !
    Notre association aurait pu finasser en refaisant naviguer Biche 5 ans avec ses vieux bordés recollés, des membrures doublées ou rafistolées -quand au pont ; c'était carrément inenvisageable, et résister ainsi aux critiques négatives, faisant fi peut-être de la sécurité et sûrement du bon sens marin ! C'était repartir évidemment aussi sec pour un nouveau chantier de changement de toutes ces pièces ; les aménagements à redémonter, etc !
    Le bon sens du charpentier a joué aussi, pour une restauration cohérente ; bois neuf sur bois neuf, etc. C'est vrai, c'est peut-être du luxe, mais il était vraiment nécessaire !

    En précisant, on pourrait parler de reconstruction pour la voûte de Biche. Elle a en effet été déposée entière (elle est toujours là d'ailleurs) et remplacée par une nouvelle, reconstruite à partir de la quille. d'autant plus qu'il a fallu revenir à l'inclinaison initiale de l'étambot, qui avait été modifiée par l'adjonction d'une ligne d'arbre. Ici, on n'a donc pas pu s'appuyer sur des bordés maintenus, une membrure voisine ou les anciennes allonges..
    En langage courant, on reconstruit par exemple un mur lorsqu'il s'est effondré, ou est tellement usé et branlant, qu'on devra en déposer les éléments et rebâtir, reconstruire à partir de la base... avec les pièces d'origine si celles-ci le permettent ou de nouvelles. Le mur est donc entièrement démonté, chaque élément examiné, rénové, remplacé...
    Ce n'a pas été le cas pour Biche ; à commencer par sa nouvelle quille (comme déjà dit plus haut), ajustée méticuleusement au reste de la coque d'origine ; il aurait pu repartir à l'eau comme cela... mais cela n'aurait pas été raisonnable !

    Débat sans fin sans doute,
    mais je préfère que soit respectée la démarche de chaque chantier, ses spécificités, ses options techniques, quelquefois subtiles, et que les projets ne soient pas trop rapidement catalogués. Car derrière les mots, il y a évidemment une valeur patrimoniale et historique, et dans le cas présent, un énorme effort collectif, technique et financier, pour respecter cet héritage que notre association a voulu ainsi transmettre le mieux possible (et sans autre prétention) aux futures générations. Ce n'est que le début d'ailleurs ! Maintenant, il reste à naviguer dans cet esprit...
    Bref, ici aussi on a la tête dure !

    Bon vent, au plaisir de vous croiser sur l'eau ou à quai

    Armel+, des amis du Biche

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